Gurupūrṇimā
(Nuit du 29-30/06/2026)
par Vaidya Narendra Das
« Prāṇa attache l’âme au corps. De ce fait, je dois savoir nourrir mon corps où mon âme réside mais aussi comment attirer le prāṇa dans le corps pour nourrir mon âme.
Quand l’âme est nourrie, l’être est capable de reconnaître ce qui est éternel de ce qui ne l’est pas mais aussi de vivre et de comprendre qui est le Guru et qui est Param (la suprême conscience) ».
ND : Oh Devi, mon sensible, mon être est comme bu, aspiré par la Māyā, j’y suis comme capturé, prisonnier, saisit par la peur, je suis perdu, comment sortir de cet océan sans fond, sans fin ?
Yoginī : amoureux, disciple de la vie et du vivant, où veux-tu que je t’accompagne, vers quoi veux-tu que je te guide, pour sortir de cet océan de la Māyā ?
ND : vers le suprême, vers Dieu…
Yoginī : qu’est-ce que tu comprends par le terme Dieu ?
ND : Dieu je le comprends comme la dynamique de Brahma (l’énergie de création), Viṣṇu (l’énergie de maintient) et de Śiva (l’énergie de transformation).
Un silence s’installe, les yeux de la Yoginī se mettent à vibrer d’une lueur intense dans la pénombre de cette cavité dans les hauteurs du massif de Belledonne.
Yoginī : peu importe la notion que tu as de Dieu, crois-tu en son omniprésence ou pas ?
ND : oui je crois en son omniprésence, son omniscience et qu’il est omnipotent.
Yoginī : hum, est ce qu’un Dieu omniprésent a, ou peut porter un nom (nāma) ou une forme (rūpa) ?
ND : quand on attribue une forme et un nom, la nature omniprésente de Dieu disparaît, de ce fait je pense que Dieu n’a pas de forme ni de nom.
Yoginī : tu dis, Dieu est omniprésent, sans nom et sans forme, penses-tu alors que Dieu réside en nous ou est-ce que tu penses autrement ?
ND : comme Dieu est omniprésent, je pense qu’il doit aussi être en nous.
Yoginī : quand alors nous oublions que Dieu est en nous, qu’il est dit que Dieu est seulement Brahma ou seulement Viṣṇu ou seulement Śiva, ou que Dieu est dans un temple, une image, une peinture etc… peut-on considérer que nous sommes des dévots qui suivent le chemin qui mène à lui ?
ND : du fait que Dieu est de partout, nous ne pouvons pas dire que nous ne suivons pas le chemin qui mène à lui et ce, peu importe la forme que nous lui attribuons et peu importe la forme que nous avons décidé de vénérer.
Yoginī : maintenant, pour ce qui est de l’énergie divine en nous (prāṇa), sans elle, sans cette énergie, peut-on vraiment entendre, voir, savoir ou parler ?
ND : non
Yoginī : par exemple, si le corps est mort, est-ce que ce corps peut voir, entendre, savoir ou dire quelque chose ?
ND : non
Yoginī : pourquoi ?
ND : parce que le prāṇa en est absent.
Yoginī : de ce fait sans le prāṇa qui est en nous il n’y a rien, nous n’avons rien, même pas la possibilité de saisir ce monde. C’est le prāṇa, l’énergie divine qui nous donne la possibilité de la connaissance de toutes choses. De ce fait il est certain que Dieu seul connaît toutes choses. Si nous échouons à reconnaître que la divinité est en nous et du coup que l’on pense qu’il est Brahma, qu’il est Viṣṇu, qu’il est Śiva, qu’il réside dans un temple, cette image ou une autre. De ce fait comment peux-t’on dire ou se faire même appeler dévot de Dieu, ou pratiquant la religion de Dieu ?
ND baisse les yeux, l’intensité de la Yoginī lui laisse une sensation d’avoir tout le corps comme légèrement dilaté, comme baigné dans une eau tiède.
Yoginī : celui qui conserve, cultive et apprend à stocker cette énergie divine (prāṇa), il est vraiment le seul, le vrai dévot, il devient le chemin qui mène à Dieu.
ND : Oh Devi, quelle est la méthode, pourrais-tu me mettre sur la voie de comment garder et cultiver cette énergie divine en moi ?
Yoginī : qui penses-tu être compétent pour te mettre en premier sur cette voie ?
ND : la personne du Guru ?
Yoginī : qu’est-ce que tu comprends par « Guru » ?
ND : Guru est la personnification de Dieu, c’est ce que je pense.
Yoginī : le Guru ne peut être la personnification de Dieu, car toi-même tu viens de dire que Dieu est sans nom et sans forme et qu’il est de partout. Est-ce que cette entité qu’est le Guru est alors de nature différente (bhinna) ou est-elle indifférenciée (abhinna) ?
ND : indifférencié (abhinna) tout comme Dieu.
Yoginī : hum, cette entité ne peut-être le Guru s’il est séparé de nous-même. Quand on parle de Guru en ces termes nous parlons de quelque chose à l’extérieur de nous. Si cette entité est extérieure, alors le Guru est différent de toi. Si le Guru te devient si étranger, est ce que Dieu peut être appelé un Guru ? Qui plus est, quand le prāṇa (l’énergie divine) n’existe plus en nous, nous ne sommes plus alors que des corps morts. Si nous considérons ce prāṇa comme le Guru et le localisons à l’extérieur de nous (une autre personne), ne devenons-nous pas alors un corps sans vie ? De ce fait comment est-ce que Dieu peut être l’équivalent de Guru si quelque chose est bhinna (différent) ?
ND : si je regarde le Guru à la lumière d’une autre personne, Dieu ne peut-être le Guru.
Yoginī : autre chose qui va te faire comprendre que Dieu n’est pas le Guru dans ce cas où le Guru est extérieur à toi, laisse-moi te poser cette nouvelle question : crois-tu que Dieu existe ou non ?
ND : je crois qu’il existe.
Yoginī : est ce que l’existence de ce Dieu est occasionnelle ou est-elle permanente ?
ND : il est toujours existant.
Yoginī : si tu dors est ce qu’il existe ou pas ?
ND : oui il existe.
Yoginī : pendant ton sommeil es-tu capable de savoir si ton Guru viendra ou pas à tes côtés, en serais-tu conscient ?
ND : je ne sais pas, je ne peux pas le savoir, je dors !
Yoginī : Pourquoi ? même quand tu dors il y a Dieu pourtant ; peux-tu me dire pourquoi tu es à ce moment-là dans l’impossibilité de le savoir, de le comprendre ?
ND : cela je ne peux pas le dire.
Yoginī : la raison en est simple, Dieu de notre point de vue peut avoir deux aspects ;
il est soi Sakālatvam (c.-à-d. contenant toutes les qualités/guṇa existant) ou Niṣkālatvam (ayant aucuns guṇa ou sans attribut). Dans son aspect Sakālatvam il est sāguṇa (comprends toutes les qualités) et il fonctionne alors dans la Sṛṣṭi (création), Sthiti (le maintien) et Saṁhāra (annihilation) de l’univers et de tout ce qu’il contient dans une volition (vikāra) de désir (rāga) et d’aversion (dveṣa).
Dans son aspect Niṣkālatvam il est sans attributs et n’a pas de dynamique de création/maintient/annihilation ne laissant aucun espace aux vikāra (contenant) issus du désir et de l’aversion.
Tous ces états se produisent à l’intérieur de nous et nulle part ailleurs, un corps sans vie ne peut être soumis à ces états car l’énergie divine (prāṇa) n’est pas présente dans un corps mort. C’est seulement parce que le prāṇa est en nous que tous ces états sont possibles. Niṣkālatvam est atteint seulement quand le prāṇa en nous ne peut plus s’en échapper mais est absorbé dans la partie la plus subtile de notre corps. On l’appelle alors Vāsi.
Dans l’état de sommeil nous somme comme Niṣkālatvam car Vāsi est Śiva : celui qui n’est pas (sans attributs). Jīva Śivohaṁ, Je (Le Soi) est Śiva.
Utilisons encore cette métaphore du sommeil… dans le sommeil, quand la vie n’est pas manifestée mais comme en latence, elle est Śiva. Śiva (cet état) est Niṣkālatvam, il est Iśvara (Dieu) sans attributs (conditionné par les guṇa rajas, tamas, sattva). Il n’y alors aucun attribut, pas de désir ni d’aversion, cet état est l’état du sommeil, c’est alors que le Prāņa est concentré, centré en nous, c’est là que le Jīva (le vivant) est Ātma (l’âme). Quand nous nous réveillons de ce sommeil, la vie et le prāṇa commence à déborder vers l’extérieur, nous entrons dans cet état de Sakālatvam. Sakālatvam comporte les attributs du plaisir et de la souffrance car les trois guṇa tamas, rajas et sattva deviennent actifs.
Tout cela se passe en nous, s’il n’y a pas de « Soi » rien de cela n’arrive. C’est donc le Soi qui devient Sakālatvam, Niṣkālatvam, sāguṇa, nirguṇa, nirvikāra ou Vikāra. Donc le Soi est comme Dieu. Dans l’état du sommeil, le Soi, la divinité en nous est en paix dans un état de béatitude sans aucunes fonctions ni aucun attribut.
C’est pour cette raison, alors que tu dors et que le Guru s’approche près de toi, que tu n’as aucun moyen de reconnaître ces processus malgré qu’il soit Guru ou que tu le désigne comme tel.
De ce fait, quand as-tu la présence d’esprit de savoir et de reconnaître que le Guru est arrivé à tes côtés ? Qu’il peut t’enseigner ?
ND : quand je suis réveillé.
Yoginī : quand tu es réveillé hum, et depuis quel espace as-tu eu cette idée : le Guru est là ?
ND : c’est à l’intérieur de moi que cela se passe.
Yoginī : oui mais depuis quel espace ? Quand tu étais dans l’état du sommeil étais-tu là ? As-tu eu la possibilité d’avoir cette idée quand tu t’es réveillé, comment est-ce que cette idée a démarrée ?
ND : quand je me suis réveillé il y a eu volition/envie de saisir par les sens (vikāra) et l’idée de reconnaître que le Guru était à mes côtés est survenue.
Yoginī : depuis quel espace ce vikāra à pris origine ?
ND : depuis l’espace du Jīva (du vivant), le fait d’être réveillé ?
Yoginī : comment cela s’est développé depuis le Jīva ? Est-ce que ce Jīva était actif alors que tu dormais ? Est ce que le Vikāra était présent ? Maintenait, voici ma question : qu’est-ce qui a fait que lorsque tu t’es réveillé tu t’es dit, mon Guru est là ?
ND : quand je me suis réveillé j’ai commencé à avoir la notion d’idée (Saṅkalpa) mon Guru est là….
Yoginī : depuis quel espace cette idée a-t-elle émergée ?
ND : depuis mon mental, mon esprit ?
Yoginī : si ce mental n’existait pas, est ce que l’existence de quoique ce soit serait possible ?
ND : Non.
Yoginī : alors depuis quel espace as-tu cette conception de qui est le Guru ?
ND : de mon mental.
Yoginī : qui est le Guru ?
ND : le mental.
Yoginī : celui qui a le pouvoir de contracter et d’expanser est le Guru, l’enseignant ultime. Par exemple, un temple est construit et il est dédié une déité particulière. La personne qui a le pouvoir de contracter (avoir l’idée et concevoir le temple pour Dieu) et d’expanser (construire et faire vivre le temple pour Dieu depuis cette idée) est celui qui doit être appelé prêtre ou Thantri.
De la même manière, qui génère ou nous donne l’idée de ce monde ?
ND : le mental.
Yoginī : qui a le pouvoir de faire naître et advenir les choses (Sankalpa sakti) ?
ND : le mental a ce pouvoir.
Yoginī : qui est alors le Guru ?
ND : le mental.
Yoginī : combien alors penses-tu que nous avons de Guru ?
ND : juste un seul.
Yoginī : pour chaque individu, son mental est son Guru. Il n’y a pas d’autre Guru. De ce fait, il n’y a pas cette idée de Guru et de disciple car sans mental, il n’y a plus rien. Tout prend origine de notre mental, c’est pour cela qu’il est dit que le mental est le Guru.
ND : comment puis-je contacter le mental pour être toujours aux pieds de mon Guru ?
Yoginī : le mental et l’énergie divine (prāṇa) ne font qu’un, par l’observation du souffle et la pratique du Svara Tantra tu trouveras ta voie qui mènera à la dissolution de Māyā en te fondant une à une avec Les Nitya Devi, en apprenant à les reconnaître en toi. L’énergie divine en lien avec le Guru doit faire disparaître le disciple qui n’existe pas. Si le disciple disparaît, le Guru seul peut alors séparer sa forme de l’énergie divine, seul alors le prāṇa reste, irriguant et tenant toutes choses sans être ces choses, il est Dieu.
À la Yoginī si chère à mon cœur avec qui je partage la Lune…mon Guru depuis toujours et à jamais.
Vaidya Lionel Narendra Das
Agenda Kālavidyā
Un agenda créé comme un super outil pour cheminer dans son processus de reconnaissance de Soi entre les sagesses de l’Āyurveda et du Tantra. Pour renouer avec le vivant en Soi et laisser être la puissance de son propre Dhanvantari, son intelligence innée.
Un agenda luni solaire pour retrouver la puissance et la nécessité de cette polarité en Soi. Deux entités qui régissent notre homéostasie sans que l’on s’en rende compte.
Et si nous remettions de la conscience sur ces lois de la nature présentes en Soi ?